Histoire de la chemise

Historique


La plus ancienne chemise préservée, découverte par l'égyptologue William Matthew Flinders
Petrie, est un tissu en lin dans une tombe de la première dynastie égyptienne dans la nécropole
de Tarkhan vers -3000 : elle dispose d'épaules et de manches finement plissées, une petite
frange sur le bord du tissu orne l'encolure et la couture latérale.
L'ancêtre de la chemise est la tunique, en forme de T et avec une coupe droite. Au Moyen
Âge, la chemise est un vêtement porté à même la peau comme sous-vêtement. Dans des
oeuvres d'art médiéval, la chemise est seulement visible (lorsque le personnage se dévêtit pour
travailler ou soulève son vêtement du dessus) sur des personnes de condition modeste,
bergers, paysans, prisonniers, pénitents. Identique pour les hommes comme pour les femmes,
c'est un vêtement sobre, non teint, parfois rehaussé de motifs. Pour des raisons d'hygiène, la
chemise est blanche et se fait bouillir. L'Église enjoint aux femmes de comprimer leurs seins
sous leur chemise de lin (seul sous-vêtement féminin jusqu'à l'époque moderne) pour gommer
leur féminité : dans le Roman de la Rose, il est écrit : « si elle a les seins trop gros, qu'elle
prenne un fichu et un carré d'étoffe, qu'elle les mette sur les épaules, qu'elle s'en fasse serrer et
ceindre les côtés tout autour puis attacher le tout, ainsi ficelée elle pourra aller se divertir ».
Après la guerre de Cent Ans et l'épidémie de la grande peste, les nouvelle techniques de
tissage et de teinture, développées par l'industrie du textile des Flandres qui profite de sa
neutralité lors de cette guerre, répondent à la croissance démographique, de meilleures
conditions de vie et le désir de luxe de l'aristocratie : au XVe siècle, la chemise se voit ajouter
un col et commence à devenir un vêtement masculin (avant, elle était portée comme sousvêtement
indifféremment par les hommes et les femmes). Les chemises du XVIe siècle, mises
en évidence par les décolletés ou le bas des manches des vêtements, sont confectionnées dans
des tissus plus fins (notamment la soie), s'ornent de broderies (dentelle, jabots au niveau du
col et des poignets) et se ferment par des boutons.
Jusqu'au XVIIIe siècle, elle est réalisée en dentelle et est richement ornée pour symboliser le
statut social.
Au XIXe siècle, elle est plus longue d'environ 6 cm, les pans sont arrondis et elle ne se montre
plus, seuls les poignets et le col peuvent dépasser du costume.
À partir du XXe siècle, la chemise gagne en confort et commence à être portée par les
femmes.


A propos de la chemise, et son évolution jusqu'à
aujourd'hui.


Tout le monde a au moins une chemise dans son placard. Beaucoup en ont plus d'une.
Elles se portent tous les jours et plus particulièrement lorsqu'on souhaite s'habiller avec
élégance. Peu de gens cependant savent que la chemise est un de nos plus anciens
vêtements.


Chemises d'autrefois


La chemise est un vêtement qui existait avant le Moyen Age, mais qui à l'époque n'était utilisé
que comme sous-vêtement pour hommes ou comme chemise de nuit. A cette époque, la
chemise n'avait ni col ni manchettes, mais une coutûre qui pouvait être resserrée ou
boutonnée. Elle s'enfilait toujours en se passant par dessus la tête. A partir du Moyen Age, Il
devient possible de choisir entre un col fixe ou détachable. Le vêtement était souvent fait de
lin et parfois de soie. Au XVIIIème, la chemise n'étant plus utilisée comme sous-vêtement, le
col fut considérablement agrandi et décoré de broderies et dentelles. C'est seulement plus tard
que le col redevint plus petit, tel que nous le connaissons actuellement.
La chemise telle que nous la connaisons actuellement est loin de ses origines. en effet, avant
le XVème siècle, existait la tunique qui était indifféremment portée par les hommes et les
femmes et s'enfilait par la tête. C’est seulement à partir de cette période que l'on a ajouté un
col. Le XIX ème siècle voit la chemise prendre une forme proche de celle d'aujourd'hui.
Autrefois, la tunique était considérée comme un vetement de dessous, au XIX ème siècle, la
chemise devient un vêtement qui se porte et se montre. Ainsi, en 1871, la maison Brown
Davis and Co of Aldermanbury crée la premiere chemise avec boutons apposés sur la
longueur face du tissu. La chemise comme sous vetement a un lourd passé et jusqu'à
aujourd'hui, dans nos sociétés modernes, il est de tradition de ne pas retirer sa veste et de
rester en chemise dans certaines circonstances. Evidemment, la chemise blanche était une
marque de distinction sociale, seuls des hommes issus de milieux aisés pouvaient s'offrir le
luxe d'avoir plusieurs chemises afin d'en changer régulièrement. A la chemise blanche, a
succédé la chemise à rayures qui a mis du temps trouver sa place auprès des chemises
blanches des notables. Ceci a été une grande avancée en matière d’entretien. Les cols et
poignets blancs ont préservés le niveau social de l'homme qui portait ce type de chemise.
Aujourd'hui, la chemise se décline (dans des formes de cols, de poignets, de corps, de
matières et de couleurs) presqu'à l'infini selon l'inspiration des créateurs de chemises.
Les formes de col et de corps d'une chemise en définissent le style.
En termes de cols, on en distinguait autrefois essentiellement deux :
>> Le col montant, il était très largement répendu avant les années 1930 et moins par la suite
>> Le col rabattu a fini par rattrapper le précédent dans les années 1930


Les beaux jours des tailleurs


A cette époque, aucune chemise n'était produite en masse dans des usines. Le gentleman
achetait sa chemise chez le tailleur, comme cela se fait à nouveau de nos jours, alors que
l'homme du commun portait des chemises faites par sa femme. Pendant longtemps la chemise
fût un vêtement au design simple. A partir de la moitié du XIXème siècle, la chemise
commença a être taillée pour s'adapter à la forme du corps, le col fixe disparut et la chemise
commenca à avoir des design plus colorés, notamment comme chemise de sport et de travail.
La chemise blanche fût, jusqu'à la fin du XIXème siècle, considérée comme un signe de
prospérité.


La chemise moderne


Après la première guerre mondiale, la chemise vécut une véritable transformation. C'est
seulement à partir de cette période que la chemise moderne avec une rangée de boutons sur le
devant devint populaire, même si la première chemise boutonnée était apparue dès 1871,
modèle déposé par Brown, Davies & Co. Dans les années 30, les chemises à col fixe
connurent une renaissance et restèrent ainsi depuis. Les chemises en nylon apparurent vingt
ans plus tard, de même que les manches courtes, plus osées, qui devinrent très à la mode.
Dans les années 60, la veste qui accompagnait les costumes disparut progressivement,
entraînant l'apparition des chemises avec une poche sur la poitrine.
De nos jours, la chemise est un vêtement pour homme comme pour femme, même si elle reste
plus courante chez les hommes. Les styles et les motifs de la chemise moderne sont infinis. Le
col se décline sous différentes tailles et formes et est très sensible à la mode. Le tissu utilisé
peut cependant être de textures et de qualités différentes. De très nombreuses boutiques,
incluant même les supermarchés, proposent aujourd'hui des chemises de qualité variable.
Mais une belle chemise - portée avec fierté - s'achète faite sur mesure chez votre tailleur!


Le tissu


Une chemise se caractérise d'abord par son tissu. Le coton est la matière la plus souvent
utilisée ; viennent ensuite le lin, la soie et les matières synthétiques, pures ou en mélange avec
le coton. La qualité du tissu est déterminée par la qualité du fil utilisé et son tissage.
La finesse d'un fil s'exprime par son titrage: plus celui-ci est élevé, plus le tissu est fin, rare et
cher. Les tissus courants sont habituellement des 80 ou des 100, on trouve facilement du 120,
certains catalogues proposent jusqu'à 200. Le fil de coton est constitué de fibres mesurant
quelques centimètres, et le meilleur fil est constitué de fibres extra-longues (jusqu'à 5cm). Les
appellations réputées sont le coton égyptien et coton Sea Island. On utilise en chemiserie du
fil double retors, c'est-à-dire obtenu en tordant ensemble deux fils simples pour améliorer ses
qualités mécaniques.
Plusieurs tissages peuvent être distingués :
• Popeline: c'est le tissu le plus utilisé pour les chemises.
• Fil à Fil: proche de la popeline, mais avec deux fils de couleur différente.
• Oxford: plus épais que la popeline, le grain du tissu est visible.
• Pinpoint: proche de l'Oxford, mais plus fin.
• Twill: structure en diagonale, plus ou moins visible.
• Chevron: proche du Twill, mais les diagonales sont alternées.
Enfin le tissu peut subir des traitements divers, par exemple pour faciliter le repassage.


Le col


Le col est un élément essentiel dans la chemise. Il en existe de différentes sortes :
• col button-down, attribué aux joueurs de polo, il se porte sans cravate ;
• col classique, 6 à 7 cm de haut avec un angle de 9 à 10 cm ;
• col italien dit cut away, attribué au duc de Windsor, il permet de gros noeuds de
cravate ;


• col officier ou col Mao, col droit qui remonte sur le cou, il ne permet pas le port de la
cravate ;


• col à patte boutonnée, les revers sont maintenus par une patte en dessous ;
• col pelle à tarte, les revers ont la forme d'une pelle à tarte.
• col cassé (ou col cérémonie), col idéal pour le port d'un noeud papillon.


Pourquoi les chemises d'hommes ont-elles leurs boutons à gauche et
les chemises de femmes à droite ?


Les encyclopédies de l'histoire du vêtement donnent trois explications. Historiquement, les
hommes se sont généralement habillés seuls. Les femmes de leur côté (surtout les nobles)
étaient habillées par leurs servantes. Pour faciliter la tâche aux servantes qui faisaient face à
leurs maîtresses en les habillant, les couturières auraient confectionné des vêtements qui se
boutonnaient de droite à gauche. Une autre explication avance que les femmes du MoyenÂge,
ayant plusieurs enfants, les portaient au creux de leur bras gauche pour garder leur main
la plus agile, la droite, libre. Il était ainsi plus facile pour elles lorsque venait le temps
d'allaiter leurs enfants, de déboutonner leurs vêtements si les boutons étaient placés comme ils
le sont, de glisser la tête de l'enfant vers le sein gauche et d'envelopper le petit pour le garder
au chaud sous le panneau droit du vêtement. La troisième explication veut que les hommes
du Moyen-Âge devaient toujours être prêts à s'emparer de leur épée. Pour éviter que leur
main droite, puisque la plupart étaient droitiers, soit gelée ou engourdie, ils la plaçait sous le
panneau gauche de leur manteau. Ils devaient donc boutonner de gauche à droite.


Histoire de la cravate


Des études faites par des historiens nous ont révélé que la cravate serait originaire de Croatie,
en effet, on lit ou entend encore souvent que le mot « cravate » est une transformation du mot
« Croate » , en référence aux cavaliers mercenaires du même pays employés par Louis XIII au
XVIIe siècle. Ceux-ci avaient pour habitude de porter un foulard noué autour du cou. En
réalité, « croate » en croate s'écrit Hrvat, avec une prononciation très proche du mot français
« cravate ». Il n'est donc pas du tout exclu que le port de cet accessoire ait été remis au goût
du jour par les fameux soldats croates du roi.
Cependant, la mode du port de la cravate en Europe semble bien débuter au XVIIe siècle. Elle
commence alors à remplacer les jabots de dentelle, qui eux-mêmes avaient supplanté les
fraises, plus encombrantes et certainement moins confortables. La cravate est alors
généralement une large bande de coton ou de lin, décorée de dentelles. Cette bande est
enroulée autour du cou et nouée sur le devant en laissant pendre les deux extrémités.
Sous Louis XIV, on commence à agrémenter ce noeud de rubans multicolores. C'est
également le Roi Soleil qui crée la « fonction » de « cravatier ». Celui-ci dépend du « Grand
Maître de la Garde Robe » dont la charge a été créée en 1669. Le cravatier appartient donc
aux services de la chambre du roi et a le statut d'écuyer. Sa fonction est alors de choisir et
d'ajuster la cravate du roi, mais également les boutons de manchette et les diamants.
Vers la fin du XVIIe siècle, c'est au tour de la cravate dite Steinkerque de faire son entrée. Elle
apparut lors de la bataille des Flandres du même nom. C'est une cravate au noeud simple dont
on passe l'un des pans dans la boutonnière. Celle-ci disparaît au début du XVIIIe siècle pour
faire place à de nouvelles modes, notamment le « stock ». Cette dernière est modifiée vers la
fin du XVIIIe siècle par l'ajout d'un ruban noir entourant le cou et maintenant les cheveux
derrière la tête. Cette cravate est la plus connue de ce siècle, et on la retrouve d'ailleurs dans
bon nombre de reconstitutions historiques de l'époque.
Malgré quelques débats houleux sur la place sociale de cet accessoire, la Révolution ne
viendra pas à bout de la cravate, bien au contraire. Alors que les Français s'essaient à une
cravate très bouffante, dite à la Garat, du nom du comédien l'ayant popularisée, les
Britanniques ne jurent que par la cravate blanche aux noeuds complexes, à l'instar de
Brummell, grand dandy de son époque. Ce type de cravate, de couleur noire, devient alors à la
mode en France.


Peu de temps après, face à la difficulté de nouer ce genre d'accessoires (la plupart étant
d'ailleurs vendus déjà montés), apparaît la cravate « Régate » qui est véritablement l'ancêtre
de notre cravate actuelle. C'est d'ailleurs au même moment qu'apparaît le noeud papillon
moderne. Le cravatier new-yorkais Langdorf aura l'idée en 1924 de la couper en diagonale et
de l'assembler en trois parties pour en simplifier l'usage. Une invention de taille qui viendra
donner à la cravate son aspect actuel.


La cravate aujourd'hui


Elle est un accessoire essentiel du costume pour les grandes occasions et reste un élément de
la tenue habituelle voire de la tenue règlementaire de certaines professions. Certains la
considèrent cependant comme un accessoire trop sérieux, symbole du conformisme, surtout
depuis les années 1980. Face à ce sentiment, une mode venue des États-Unis, autorise les
cadres à ne pas porter la cravate, le vendredi, veille du week-end. C'est le Friday Wear, ou
Casual Friday.
En Allemagne, la cravate est très souvent portée dans le milieu professionnel et, sauf dans le
cas d'un uniforme (comme celui des policiers), indique généralement les orientations
politiques du porteur


Noeud papillon


Le noeud papillon (familièrement en France: noeud pap) est une forme de noeud de cravate,
qui évoque un papillon.
Aujourd'hui, il est utilisé dans les grandes occasions comme les mariages, les réceptions. Il est
formé d'une bande de tissu nouée de manière à former deux boucles symétriques au niveau du
col de chemise et rappelant la forme d'un papillon.
La plupart des noeuds vendus dans le commerce sont déjà faits, et il ne reste plus qu'à les
agrafer ; néanmoins, il est possible de faire le noeud soi-même comme le montre la figure.
Le smoking se porte toujours avec un noeud papillon noir.
Il fait aussi partie du costume professionnel dans la restauration, et reste également dans les
esprits comme stéréotype du médecin, en effet le noeud papillon est plus hygiénique qu'une
cravate "baladeuse" qui peut toucher les patients.
Une forme de noeud papillon tombée en désuétude pour les hommes, mais encore utilisée par
les femmes, est la lavallière.


Dans son essai Traité de la vie élégante, 1830, Honoré de Balzac consacre un chapitre au
Traité de la cravate dans lequel il donne des conseils pour le noeud papillon.

 

"Façon de parler"

 

Toutes sortes de locutions et d'expressions sont parvenues jusqu'à nous, avec la chemise comme personnage principal, ce qui nous donne le sens de sa particularité essentielle.


Dans un belle élan de générosité dicté par la diplomatie, Henry III écrivait à son frère le duc d'Anjou que, pour l'aider, il serait allé jusqu'à "donner sachemise". Quant au pauvre diable qui, dans une affaire, "a laisser jusqu'à sa dernière chemise", il ne lui reste pas grand chose ! Deux expressions qui montrent assez que la chemise symbolise souvent le bien ultime, avant la ruine ou la faillite. En avoir une, c'est jouir d'une certaine aisance, ne plus en avoir, c'est tomber dans l'indigence. "Vendre sa chemise", cela veut dire vendre tout son bien pour payer ses dettes.


Supposons maintenant que vous ayez plusiseurs chemises, de quoi en changer. de là le risque de "changer d'opinion comme de chemise"... Mais peut être le sujet ne vous intéresse-t-il pas ? dans ce cas, vous vous en moquez comme de votre "première chemise" ! A propos d'expressions familière, voire populaire, il en est une qui indique le degrès d'amitier entre deux individus. on dit qu'ils sont  "comme cul et chemise", c'est à dire inséparables, volontiers intrigants et prêts à toutes les machinations. On fera fi de la licence lexicale en apprenant que catherine de Médicis elle-même, bien que devenue reine de France, n'hésitait pas à employer des expressions de cette nature quand elle avait "des mots" avec certains courtisans infidèles.Que le lecteur ne prennent pas ombrage de cette incursion dans le domaine du parler vulguaire, révélateur passionnant de la popularité de notre objet d'enquête.


"Tremper sa chemise" : voilà une expression qui sent le dur labeur et la fatigue. quand aux Anglais, ils ont une expression plaisante qui recommande : Keep your shirt on ! (littéralement " garde ta chemise sur ton dos"), pour dire familièrement : "Ne t'emballe pas, ne te mets pas en rogne". Nos voisins d'outre-Rhin mettent eux aussi la chemise en situation : Das Hemd ist mir näher der Rock signifie mot à mot : "on ne met pas sa chemise avant son habit", cette tournure imagée veut dire en réalité " mon intérêt passe avant celui d'autrui"... celui-là, au moins, on ne lui "prendra pas sa chemise" !